Enigme à Suffugium

Téméraire, inconscient doté d’une curiosité pathologique en phase terminale, tels sont les qualificatifs qui pourraient s’appliquer à mon cas, par ailleurs fort intéressant aux yeux de certains médecins spécialisés. Car, enfin! A peine remis de mon escapade sur les Wastelands, me voici débarqué sur la place centrale de Suffugium.
Certes, ici je ne risque pas une irradiation avancée, je vous l’accorde, et les érudits ne manqueront pas de souligner que le mot latin suffugium désigne un lieu de refuge, un abri ou une retraite. A première vue, voici donc une destination tout à fait indiquée pour me remettre de mes dernières aventures.

La ville est pourtant imprégnée d’une atmosphère mystérieuse. Des gens disparaissent. Des affiches vous exhortent à signaler tout comportement déviant et les drones policiers planent au dessus de vous. Leur rayon de plasma dissèque vos pixels pour en extirper les informations qui leur permettront de déterminer si, à tout hasard, vous ne seriez pas un mutant anarchiste, un terroriste…ou les deux à la fois. Terrifiant.




Des avis de recherche destinés à retrouver Stella Trenchmouth, chanteuse de rock récemment disparue, sont placardés un peu partout dans les rues comme dans les boutiques. La jeune femme aurait été vue pour la dernière fois sur la place centrale et, depuis, aurait laissé ses proches et son fan club sans nouvelles. Un téléphone, dont la seule fonction semble être de prévenir les autorités en cas d’informations capitales, éveille en moi une soudaine vocation de détective privé. C’est décidé, je vais mener mon enquête. Tremblez, malfaisants !

Au fond d’une ruelle, un avion écrasé sur la chaussée m’apparaît comme une promesse de révélations. Un tour de l’épave n’apporte pourtant pas plus d’eau au moulin de mon investigation qu’il n’y en a pour éteindre l’incendie qui ronge la carlingue. Après avoir suivi plus de pistes infructueuses que les inspecteurs Derick et Maigret réunis n’en ont connu durant toute leur carrière, je dois bien admettre que l’enquête piétine. Avant de douter définitivement de mes capacités naissantes d’enquêteur, je décide d’explorer les sous-sols de la ville.

Une rampe, masquée jusqu’alors par un angle d’immeuble, me donne accès à une véritable ville souterraine. Des guirlandes lumineuses percent faiblement la morosité de l’endroit. Personne. Ont-ils tous disparus, eux aussi? Malgré une inspection méticuleuse des bâtiments, je ne décèle, hélas, toujours aucun indice.
Bien. Il ne me reste donc plus qu’à entreprendre une visite des égouts.

Là, je dois avouer que le niveau de ma motivation a brutalement chuté. J’avance sur la défensive. Si quelqu’un ou quelque chose me cherche les poux, aucun moyen de se planquer. J’erre ainsi pendant des heures sans rencontrer pixels qui vivent. Le réseau est vaste, et je prends conscience que parvenir à retrouver une personne dans ces galeries est probablement une prouesse impossible.
Je cherche la sortie, en vain.
Un doute m’étreint. L’idée qu’un gars de la sécurité soit déjà en train de refaire la décoration des murs de Suffugium avec des affiches du type “Missing Kyle Brynner. Have you seen mee?” me semble de plus en plus du domaine du possible…
Kyle
20 mai 2007 at 6:57
Ouah !
Quand le texte s’accorde avec de somptueuses photos, alors je ne peux qu’adorer. Vraiment bravo et longue vie.
20 mai 2007 at 2:55
Merci Yoald ! Que d’éloges ! Et venant d’une personnalité de la photographie SLienne qui plus est ! Ça me va droit au coeur.
Merci pour cet accueil si chaleureux.